3) Les empreintes digitales

                Chez les êtres humains, les bouts des doigts ne sont pas lisses. Sur la dernière phalange de chaque doigt, ainsi que sur toute la paume de la main, la peau forme des creux et des bosses. Les crêtes permettent une meilleure prise des objets. Les bosses quand à elles possèdent des pores qui permettent de laisser échapper la sueur créée par les glandes sudoripares. Lorsque nous touchons un objet (ou une surface), ces liquides gras (sueurs, sécrétions grasses, acides aminés et déchets) se déposent en suivant exactement les crêtes du doigt: une empreinte digitale apparaît. Une empreinte peut se conserver des années sur la plupart des supports. Il faut savoir que les empreintes digitales, ou dactylogrammes, apparaissent chez le fœtus à partir de la septième semaine. Elles ne subiront aucune modification (même pendant la croissance) et disparaitront uniquement par putréfaction. Même si l'on se brule, ou si l'on se coupe, les détails papillaires se reconstitueront sans cesse à l'identique. De plus, chaque empreinte possède un grand nombre de caractéristiques qui dépendent du patrimoine génétique, ainsi que d'autres facteurs chez le fœtus comme, l'alimentation, la pression sanguine, la vitesse de croissance des doigts ... La probabilité de trouver deux empreintes semblables est d'une chance sur 64 milliards, autant dire que c'est impossible. Les empreintes digitales sont donc uniques, immuables et inaltérables tout au long de notre vie. C'est pour cela que la police scientifique a recours à la dactyloscopie, qui reste à l'heure actuelle la méthode la plus utilisée mais aussi la plus fiable pour identifier une personne.

La police scientifique et les empreintes digitales

Pour cela les TIC (techniciens en identification criminelle) doivent tout d'abord relever les empreintes digitales sur la scène de crime (présentes dans des endroits clefs comme les poignées de porte, verres, arme du crime...). Elles peuvent être apparentes* ou latentes*. Pour les relever plusieurs méthodes sont possibles, certaines sont réalisées directement sur la scène de crime d'autres nécessitent un matériel plus volumineux et se font donc en laboratoire.

- L'utilisation de poudre:

C'est la méthode la plus utilisée. Nous déposons sur la surface lisse et non poreuses de la poudre à l'aide d'un pinceau. La poudre va se coller aux secrétions de l'empreinte: poudre noire sur des surfaces claires, poudre blanche sur des surfaces foncées, poudre fluorescente avec un laser (crimescope) sur des fond multicolors, poudre magnétique (qui ne nécessite pas de pinceau) pour éviter d'abimer l'empreinte. L'empreinte est ensuite prélevée avec une bande adhésive.

- Révélation par réaction chimique:

Pour les surfaces poreuses nous utilisons des produits qui réagissent avec les composants de l'empreinte digitale. Nous pouvons utiliser un solution de déféroxamine (DFO), dans laquelle nous trempons l'objet à étudier, il faut ensuite le sécher puis utiliser une lumière spéciale qui fera apparaître l'empreinte. Nous pouvons vaporiser du nitrate d'argent sur le support, les empreintes apparaitront en gris. Nous pouvons également utiliser un réactif à la ninhydrine qui fera apparaître les empreintes en rouge.

- Révélation par vaporisation de produits chimiques dans une enceinte

Nous déposons l'objet à analyser dans une enceinte, nous faisons chauffer de la superglue jusqu'à la rendre gazeuse. Les vapeurs vont se déposer sur les composants de l'empreinte digitale et la faire apparaître en blanc. Si l'objet est blanc nous ajoutons un colorant. Cette méthode peut aussi être utilisée pour faire apparaître des empreintes sur une corps.

Pour les surfaces ni lisses ni poreuses ( comme le latex), nous vaporisons du tétroxyde de ruthénum (RTX).

Pour les empreintes les plus ténues, nous fixons la pièce dans un caisson métallique où le vide est créé. Nous plaçons à l'intérieur un coupelle remplie de métal ( Or ou Zinc ) . Le vide est si grand que les métaux se transforment en gaz. L'or se dépose sur l'objet tandis que le zinc va se déposer entre les crêtes capillaires.

 

Toutes les empreintes relevées vont ensuite être analysées. Pour cela elles vont être comparées à d'autres selon de nombreux critères très précis. L'analyse est réalisée à deux échelles:

-L'aspect global: Il existe trois familles parmi les empreintes digitales:

    les arcs: les lignes sont disposées les unes au dessus des autres, et forment un « A ». ce motif est très rare (5% des empreintes digitales).

    les boucles: motif très courant, les lignes se replient sur elles mêmes, soient vers la droite ou la gauche  

    les verticilles: les lignes s'enroulent autour d'un point en formant un tourbillon

Une famille n'est pas forcément caractéristique d'un individu: nos dix doigts ont des empreintes différentes, et n'appartiennent pas obligatoirement à la même famille.

-Les minuties (petits détails): Il existe différentes figures comme les bifurcations, les crochets, les ponts, les arrêts de ligne, les arcs, les ilots...

 

L'analyse d'empreinte digitale s'appelle la dactyloscopie. Elle est réalisée par des hommes (même si ils aident les policiers, les logiciels ne prennent pas en compte les coupures ou les cicatrices modifiant l'empreinte). Le laborantin étudie sur l'ordinateur l'empreinte agrandie, puis recherche à la main des minuties facilement identifiables. Ces minuties caractéristiques de l'empreinte sont en suite rentrées dans une base de données, le FAED*. L'ordinateur va afficher l'empreinte relevée sur le lieu du crime et va la comparer à toute la base de données grâce à l'emplacement et la direction des minuties. Il va ensuite sortir toutes les empreintes qui concordent, le laborantin va devoir les comparer à l'empreinte de base et déterminer laquelle correspond (si elle est dans le fichier). Un second policier devra vérifier l'identification avant d'arrêter le suspect. En France, une empreinte est exploitable lorsqu'elle comporte 7 minuties, et peut être utilisée comme preuve en justice si il y a 15 concordances.

Amélioration d'une empreinte digitale par Ordinateur

Cependant, les empreintes sont le plus souvent partielles, imprécises et floues car évidemment le criminel ne laisse pas ses empreintes intentionnellement, il est donc difficile parfois de retrouver 7 minuties. L'empreinte est donc « inexploitable ». Toujours-est-il que l'on peut remédier à ce problème en utilisant des logiciels informatiques très sophistiqués qui permettent de lire une image distordue ou fragmentée.

Nous pouvons également utiliser un procédé qui permet de mettre en évidence les marqueurs chimiques présents dans les traces de sueur et de graisse laissées par les doigts sur un support. Les personnes qui fument, se droguent ou mangent un certain type d'aliment laissent des marqueurs particuliers. Ainsi, l'application d'une solution spécifique sur les empreintes laissées par un fumeur pourrait les colorer en rouge, jaune ou vert fluorescent. Il serait aussi possible de mettre en évidence des hormones afin de déterminer si le suspect est un homme ou une femme. De même nous pourrions savoir si le suspect a pris des médicaments, s'il a manipulés des explosifs... ainsi que pratiquement tout ce que nous pouvons trouver dans la sueur. Ces différentes solutions chimiques permettent d'obtenir un niveau d'informations jamais atteint, y compris avec les empreintes les plus floues!

 

* voir Lexique

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